JFR 2010 - Évaluation en urgence de la dose délivrée au fœtus : l’IRSN, un partenaire au quotidien

Mis à jour le 20/06/2011 par SFR

O Naggara , D Trystram, St Pierrefitte, JF Meder, JL Rehel, P Roch, B Aubert

Article issu du Quotidien des JFR 2010 - Dimanche 24

Réduire l’exposition aux rayonnements ionisants des patients au minimum indispensable est un objectif partagé par l’ensemble des acteurs de l’imagerie médicale. L’évaluation précise de la dose délivrée et les conséquences de l’exposition à celle-ci est encore difficile à apprécier dans l’exercice quotidien.


La radiovigilance est un thème et une préoccupation d’ordre général, sujet de maints articles dans la presse lue par nos concitoyens1. Dans le cadre de l’urgence, il peut être difficile de répondre avec la précision requise à l’ensemble des questions posées, sans l’aide d’un physicien médical (PSRPM). Nous rappelons ici la démarche entreprise auprès de l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) afin d’encadrer le traitement par radiologie interventionnelle d’une malformation vasculaire spinale chez une patiente enceinte. Une patiente de 37 ans se présente pendant une garde, présentant une paraplégie partielle d’apparition brutale.

L’exploration par IRM met en évidence une malformation vasculaire spinale et un hématome du cordon médullaire. Les caractéristiques de la malformation font craindre une récidive de l’hémorragie, qui aggraverait encore l’état clinique de cette femme jeune, mère de deux enfants. Elle nous informe d’une grossesse désirée en cours, dont la vitalité et le terme, 18 semaines d’aménorrhée, sont confirmés par échographie. Les questions sont alors multiples : le traitement rapide de la malformation par une procédure de radiologie interventionnelle, requis, fait-il courir un risque à l’enfant vis-à-vis de l’exposition aux rayonnements ionisants ? Si risque il y a, quel est-il ? Mort fœtale in utero, malformation(s), retard mental ? Pris en défaut par certaines de ces questions, nous nous tournons vers l’IRSN, questionnant l’institut dans un premier temps par mail2 puis, voyant qu’une permanence est organisée, dans la soirée, par téléphone3.

Nous obtenons des réponses rapides, basées sur les recommandations de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) : le risque induit par une dose fœtale inférieure à 100 mGy ne justifie pas une interruption de grossesse ; au dessus de 100 mGy la décision sur la poursuite de celle-ci doit prendre en compte des facteurs individuels4. Afin de permettre aux radiologues d’apporter une information complète, quantifiée et écrite à la patiente et à sa famille, l’IRSN nous adresse un formulaire d’évaluation de dose utérine, intégrant des informations relatives à la patiente, à la grossesse, à l’appareil radiologique qui sera utilisé (marque, modèle, type de générateur, type de détecteur, filtration...) et à la procédure elle-même (durée envisagée, taille du champ, incidence, région anatomique, PDS estimé à partir d’examens précédents, position du fœtus par rapport au faisceau primaire…).

Ce formulaire est rempli avec l’aide de l’équipe biomédicale et des manipulateurs en électroradiologie de notre établissement. Nous obtenons le résultat de l’évaluation prévisionnelle de la dose fœtale, moins de 36 heures après l’admission de la patiente. Ce document comporte une conclusion chiffrée sur l’estimation de la dose potentiellement délivrée au fœtus, tenant compte des conditions les plus défavorables pour celui-ci, qui correspondra à l’information transmise à la patiente, afin de guider sa décision. Il comporte également un rappel pour le radiologue des moyens permettant de réduire l’exposition au fœtus, dans cette circonstance précise. Enfin, une reconstitution dosimétrique a posteriori sera réalisée afin d’estimer plus précisément le niveau réel d’exposition du fœtus suite à l’intervention, et ainsi le niveau de risque encouru, afin de statuer, en concertation avec la patiente, sur la justification éventuelle d’une interruption médicale de grossesse. Une expérience très concluante de partenariat entre acteurs de santé et l’IRSN, dans un contexte d’urgence. Les démarches, rapides et d’une extrême simplicité, rendent service à nombre de patients pris en charge en imagerie médicale.

Références
1. Le scanner augmente-t-il les risques de cancer ? Le Figaro, 17/12/2009.
Nette augmentation de l’irradiation liée au diagnostic médical. Le Monde, 22/03/10.
Risques cancérigènes du scanner. Le Point, 28/12/2009
2. Email : rpmed@irsn.fr, site web : www.irsn.fr, téléphone : 01 58 35 92 86
3. Pour toute situation à caractère d’urgence : Téléphone : 06 07 31 56 63 (24 h/24 et 7 j/7).
4. Grossesse et irradiation médicale. CIPR – publication 84, 1999.
Vos patients et les rayons, un guide pour les médecins praticiens. Lignes directrices CIPR 2. Éditions TEC & DOC Lavoisier 2004.
Radiological Protection in Medicine. ICRP Publication 105, 2008.